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15 nov. 2012

Colombie : "Quand il n’existera plus d’opprimé ni d’oppresseur, nous fondrons les fusils pour construire des balançoires pour les enfants"

Julián Conrado*
Mon cachot est trop petit pour contenir l’immense joie qui déborde de mon cœur pour les nouveaux dialogues de Paix que les gouvernants d’aujourd’hui de la Colombie et les FARC-EP ont décidé d’ouvrir.

Moi, qui ai mis toute ma vie de chansons au service de la lutte pour la Paix avec la justice sociale pour mon pays, du fin fond de mon enfermement physique en république bolivarienne du Venezuela,
je souhaite avec force que tout réussisse et que mon peuple ne soit pas à nouveau trompé, escroqué et trahi comme cela perdure depuis l’époque de Galán[1] el Comunero.

Le monde entier sait, que les dialogues de la Uribe[2], par exemple, n’étaient qu’un piège de l’impérialisme nord-américain et l’oligarchie colombienne pour assassiner lâchement les leaders populaires, patriotiques et révolutionnaires. Ils ont organisé cette ruse pour exterminer à feu et à sang une organisation politique ouverte à la Paix, l’Union Patriotique, qui naquit dans ce processus. 5000 vies admirables de notre peuple ont été fauchées à jamais par les cyniques ennemis de la Paix ; et il y en auraient  plus si beaucoup d’autres n’avaient pas cherché refuge dans d’autres pays, et d’autres encore, comme moi, militant de cette organisation, s’ils n’avaient pas eu d’autre choix de se réfugier dans les montagnes de la guérilla. Mais je me suis échappé sans jamais perdre la foi de voir un jour, un rêve devenir réalité. Ce rêve que j’ai pu mettre en chanson :

« La nuit dernière j’ai rêvé d’un monde humain et sans rancœur,
quel dommage de me réveiller de ce rêve si beau,
où n’existe plus d'opprimés et encore moins d’oppresseur,
où nous fondions les fusils pour faire des balançoires pour les enfants
»


Ce n’est pas facile de parvenir à la paix sous joug de la dictature du marché et de l’argent qui règne aujourd’hui sur le monde. La guerre, cet épouvantable commerce de la mort que les USA entretiennent en s’allouant des budgets démesurés.

Heureusement pour l’humanité, nous sommes chaque jour plus nombreux, avec une honnêteté non déguisée, à nous opposer avec dignité et force de la raison, la raison de la vie, contre la force destructrice du Capital.

Je suis très optimisme. Tout en sachant que parvenir à l’arrêt de la confrontation armée ne signifie pas en-soi, la Paix avec la justice sociale, mais
pour que ceux qui  croient à cette Paix véritable, il y a les conditions pour pouvoir avancer sur des chemins différents à celui de la mort.

Le terrorisme d’État doit alors cesser !

Aujourd’hui, comme toujours, mon cœur chante comme celui de John Lennon :

« Imaginez tous les gens vivant leur vie dans la paix…
Imaginez qu’il n’y ait pas de possession
Imaginez tous les gens se partageant le monde
vous pouvez dire que je suis un rêveur, mais je ne suis pas le seul…
»

VIVE LA PAIX AVEC JUSTICE SOCIALE ET AMOUR !

EN AIMANT NOUS VAINCRONS !

*- Guillermo Enrique Torres, mieux connu sous son pseudo Julián Conrado né en 1954 à Turbaco, Colombie, est un guérillero des FARC-EP. Les chansons fariennes qu’il écrit et chante lui-même, expriment le courage, l’âme et l’esprit du combat. Révolutionnaire de conscience, il fuit le massacre de milliers de militant(e)s et sympathisant(e)s de l’Union patriotique perpétré par les autorités colombiennes et rejoint les FARC en 1980. Symbole positif et rafraichissant de l’insurrection colombienne, avec sa guitare et ses milliers de chansons, il n’a cessé de chanter la fermeté, l’amour et la paix. Malade, dit-on, il cherche asile au Venezuela, où il pense être à l’abri pour se soigner. Pour ne pas gêner leur nouvelle politique de rapprochement avec le gouvernement colombien, les autorités vénézuéliennes vont l’arrêter et l’incarcérer lâchement, sous couvert d’un mandat d’arrêt lancé par l’État colombien et une prime des usaméricains . Il est enfermé depuis 31 mai 2011 dans une cellule au Venezuela.

1- Homme politique colombien. Choisi pour être le candidat officiel à la présidence par la convention du parti libéral, est assassiné le 18 août 1989, en pleine campagne électorale, sur la place Soacha, au sud de Bogotá. Son engagement politique était caractérisé par la rébellion et la critique constructive. Il avait un grand soutien populaire. Très engagé à combattre la corruption et le clientélisme, il tenta de moderniser les partis politiques et les institutions colombiennes. Son plus grand défi fut de s’attaquer au narcotrafic et sa pénétration dans la société colombienne, ce qui lui valut d’être la cible des parrains de la drogue à qui l’on attribue la paternité intellectuelle de son assassinat.

2- Municipalité dans le département de la Meta, en Colombie.


Auteur 
Julián Conrado


Trad.Jilata
Publié le 13 novembre 2012 sur Resistencia-colombia